Il y a quelques années, nous avions fait, en Juillet 2020, une petite analyse sur la situation de crise en République Démocratique du Congo. https://lacruche.net/republique-democratique-du-congo-vers-une-profonde-crise/. Notre réflexion portait sur une série de constats identifiés, dès lors, comme des facteurs favorisants de la crise qui secoue le pays depuis des décennies. Le contexte de crise multiforme que traverse le pays alimente la chronique des médias locaux, nationaux et internationaux. Tous et chacun essaie de dénoncer, de proposer des pistes de solutions mais on assiste à un statu quo qui ne dit pas son nom. Différentes parties prenantes à la recherche de solutions à la cause de la RDC y compris les acteurs humanitaires et les Organisations de la société civile se déploient pour essayer de faire bouger les lignes mais, hélas, le contexte ne fait que se compliquer et davantage. De 2020 à ce jour, le pays a connu une complexité d’évènements malheureux passant par des épidémies à des conflits armés meurtriers et des catastrophes naturelles exacerbées par le changement climatique.
Tel que nous le présentions déjà en Juillet 2020, cinq ans après, le contexte humanitaire global en RDC est resté le même c est à dire se caractérisant par 3 zones d’influences dont : 1) une zone dite d’urgence où sévissent les conflits armés récurrents, une faible présence ou une absence totale de l’autorité de l’État, 2) une zone dite intermédiaire où on assiste à une stabilité relative et au retour progressif de l’autorité de l’État et enfin 3) une zone stable où se manifeste effectivement la présence de l’autorité de l’État.
Une petite analyse de ces trois zones démontre que les conflits armes se sont largement étendus sur les deux Kivu, l’Ituri et l’ancien Bandundu au point que le Gouvernement central a perdu le contrôle sur plusieurs territoires de l’Ituri, du Nord Kivu et du Sud Kivu y compris les villes de Goma et de Bukavu tombées sous l’emprise des rebelles du M23 début 2025. C’est dans ce cadre que ces deux dernières provinces sont, à ce jour, gérées par des gouvernements parallèles.

La période de 2020 à 2021 a été marquée par la pandémie du corona virus de triste mémoire. Son impact aura été désastreux au niveau de l’humanité non seulement au regard du nombre de morts mais aussi considérant son incidence sur la vie socioéconomique de populations.
Et comme si cela ne suffisait pas, le pays a encore fait face à d’autres épidémies y compris le Monkey Pox et le cholera dans les zones sous occupation par les rebelles et les autres groupes armés surtout au Sud Kivu et au Nord Kivu.
Plus que jamais, la jeunesse en République Démocratique du Congo se retrouve entre deux feux majeurs. Celui des forces négatives (recrutement par les groupes armés, violations des droits, déperdition scolaire, assassinats, mouvements/déplacements périodiques des familles…) et celui lié aux catastrophes naturelles (destructions des écoles et déperdition scolaire, délocalisation des familles, destruction des moyens de subsistance de base…) En réaction à cette situation imposée soit par l’homme soit par la nature, certains jeunes dans les zones ou entités concernées développement des mécanismes de survie y compris le petit commerce ambulant et/ou des travaux domestiques là où c’est encore possible. A la limite, une poignée de jeunes filles victimes des cas ci haut-décrits optent pour le mariage précoce, une solution palliative qui ne s’écarte nullement pas d’une aventure ambigüe.
Les conflits armés, les catastrophes naturelles constituent des ingrédients majeurs qui se sont ajoutés à la mauvaise gouvernance pour consacrer le délabrement très avancé et/ou la destruction des infrastructures scolaires et sanitaires, leur faible équipement ainsi que la faible qualification du personnel éducatif et soignant. En effet, s’agissant encore des zones d’influence 1 et 2 (voir plus haut), nos sources renseignent que plusieurs écoles et structures sanitaires sont abandonnées suite à plusieurs facteurs y compris le non-paiement des enseignants, des infirmiers et le manque de prise en charge globale de leurs structures respectives. Il convient également de noter que la période prolongée d’arrêt des enseignements au niveau des écoles primaires, secondaires et universitaire constitue la période la plus destructive de l’éducation de la jeunesse congolaise. Une enquête menée récemment en Provinces du Sud-Kivu et du Nord Kivu a mis en exergue des centaines d’écoles fermées en 2025 consécutivement aux conflits qui sévissent dans ces entités.

Notons également que dans les mêmes zones d’influence précitées, le contexte a jeté des milliers d’employés au chômage suite 1) à la fermeture de des entreprises et 2) à la fermeture des banques et des institutions de microfinance notamment. Tout en reconnaissant que depuis la nuit des temps l’économie de la RDC est à 80% informelle, cette réalité est en train de s’éloigner progressivement face à l’insécurité toujours croissante se caractérisant désormais par la criminalité urbaine. Il sied d’indiquer que le contexte de la zone d’influence 3 (sous contrôle du gouvernement) n’est pas trop éloigné de la situation en cours dans les deux autres zones décrites dans les sections précédentes. Toute la description ci-dessus constitue des véritables défis nu développement du secteur social à travers le pays.
Depuis le début de l’année 2022, le pays fait face à des défis sécuritaires majeurs consécutifs à l’occupation des certains territoires des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu par la rébellion du M23 soutenue par des forces étrangères. Comme une trainée de poudre, ces ennemis de la République se sont déployés de Bunagana (ville frontalière avec l’Ouganda) jusque dans plusieurs entités du Sud Kivu y compris la ville de Bukavu. Certaines sources renseignent que la recrudescence de cette guerre serait consécutive au non-respect des accords entre les parties tandis que d’autres sources font allusion à une velléité de conquête par le voisin. Ces alliances contre nature entre le régime actuel et les belligérants et qui drainent déjà des milliers des morts ainsi que des déplacés internes hypothèquent progressivement l’avenir de tout un peuple. Sur le front militaire, il s’est avéré qu’en dépit des alliances nouées aux niveaux sous régional et local, la RDC n’a pas obtenu gain de causes. Toutefois, les avancées notables qui s’observent sur le plan diplomatique apparaissent à ce jour comme la seule lueur d’espoir pour le rétablissement d’une paix durable en faveur des populations dont certains se trouvent présentement en errance pendant que d’autres s’estiment être abandonnées à leur triste sort. Pendant ce temps, la bonne gouvernance même au niveau du gouvernement central reste le cadet des soucis des dirigeants. En effet, la corruption, le clientélisme et l’injustice se renforcent lentement mais surement au sommet de l’État. A cette allure, il ressort que nul ne pourra prédire la direction que le pays va prendre car il ne se passe pas un jour sans que l’on ait annoncé un cas de détournement des deniers publics, de corruption et/ou de concussion.
A cette panoplie de problèmes s’ajoute un autre défi majeur à savoir celui des catastrophes naturelles auxquelles fait face le pays surtout ces trois dernières années. En effet, plusieurs provinces du pays font face à des inondations lacustres, fluviales, pluviales en urbaines menaçant essentiellement les vies des populations des provinces de Kinshasa, du Maniema, du Sud Kivu et de Tanganyika. En dépit de la réduction sensible du financement par les principaux donateurs (USAID, UKAID), sur financement de Start Network, quelques organisations nationales et internationales sont à pied d’œuvre dans certaines de ces provinces notamment à Kindu, à Isangi et à Kinshasa (PADECO, CBS et Action Aid) où elles implémentent des projets d’anticipation et de réponse en faveur des victimes. Avec l’accompagnement du gouvernent congolais, ces organisations ont récemment élaboré des plans de contingence pour chacun de ces sites. S’agissant de la ville de Kinshasa, il a été démontré que 14/26 communes qui composent cette ville restent exposées aux menaces des inondations pluviales (rivières Ndjili et Kalamu) et fluviales (fleuve Congo). La mauvaise gestion des déchets et la faible maintenance des dispositifs d’évacuation des eaux des pluies exposerait également la ville aux inondations urbaines. De manière générale et au-delà des provinces sus mentionnées, les inondations en RDC constituent un véritable dévastateur des infrastructures socioéconomiques et un véritable vecteur des maladies hydriques et épidémiques y compris le choléra. En collaboration avec les services techniques du gouvernement et les membres de la communauté, dans le but de renforcer le système d’alerte précoce (SAP), les organisations partenaires de Start Network ont placé des balises et des digues dans les 3 sites précités de manière à permettre aux populations d’anticiper les risques. Cette nouvelle crise liée au climat apparait comme une nouvelle donne qui renforce la pauvreté de la population déjà meurtrie notamment par les guerres répétitives, la mauvaise gouvernance et le faible niveau de financement des bailleurs


Cette description de la sombre situation actuelle en RDC démontre qu’il reste beaucoup à faire pour sortir le pays de l’auberge. Il se dégage tout au long de cette description sommaire que si rien n’est fait dans l’immédiat, le pays tend à basculer vers une crise multiforme et d’où il lui sera très difficile de sortir. Tout le monde et chacun à son niveau devrait se mobiliser pour une redynamisation effective de l’élan patriotique afin d’insuffler un souffle nouveau à tout le pays.
PAR: DEOCARD CHIRHA MURHAMBO
COORDINATEUR DE PADECO