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CHIHERANO FACE À L'IMMINENCE D'UNE CRISE ALIMENTAIRE

Situé dans le territoire de Walungu à 60km au Sud Est de la ville de Bukavu, province du Sud Kivu en République Démocratique du Congo. L’hinterland de Chiherano est constitué des groupements de Luchiga, du sous groupement de Chiherano en groupement de Lurhala et du groupement d’Irongo. A ce jour, la population de ces entités est estimée à plus de 104972 habitants. Cette population vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage de subsistance. Réputé jadis pour la production en termes de quantité et de qualité de la patate douce, du haricot, du sorgho, du manioc ainsi que de la banane, Chiherano a, ces deux dernières décennies assistées à une réduction sensible de cette production suite à la mosaïque africaine qui a décimé le manioc et au wilt bactérien du bananier. D’aucuns affirment que les mauvaises pratiques culturales et la déperdition de l’élevage (gros et petit bétail) sont responsables de la faible production agricole et donc de la réduction sensible des revenus au sein des ménages. L’organisation socio culturelle à Chiherano est celle reconnue à tout le Bushi. 

En effet, les Bashi avaient mis en place des organisations mutualistes d’entraide notamment lors des travaux champêtres, la construction des maisons, le deuil et le mariage. Bien que certaines de ces pratiquent connaissent des régressions, il appert que cette organisation socio culturelle est encore de mise à ce jour. A cela, sont venues se greffer d’autres formes d’organisations de développement dont certaines proviennent de l’extérieur mais toujours dans le sens de renforcer la cohésion sociale au sein de la communauté. C’est dans ce cadre que sont nées les organisations a base communautaires dont certaines sont souvent. Depuis la nuit des temps, Chiherano a produit des milliers des cadres universitaires dont très peu sont rentrés dans le terroir pour servir leur communauté. Ceci serait dû à différents facteurs intrinsèques et extrinsèques auxquels nous reviendrons. Cependant, on trouve à Chiherano une infime minorité des cadres universitaires dont les religieux (prêtres et pasteurs), les enseignants et tout récemment le staff médical œuvrant dans les centres hospitaliers (Ibanda et PADECO). A côté de ces catégories existent les leaders coutumiers qui incarnent souvent une autorité charismatique indéniable.Rappelons que ces hôpitaux sont opérationnels respectivement depuis 2006 pour PADECO et 2014 pour le centre hospitalier d’Ibanda géré par la communauté CELPA de l’Eglise protestante.

La zone dispose des vastes étendues de marais y compris celui de Nyalugana d’une superficie de 910 ha faiblement exploités par au moins 3650 ménages agricoles provenant de 3 groupements précités. Ces derniers sont comptés parmi les milieux ruraux les plus pauvres de la chefferie de Ngweshe et les plus affectés par les affres des différentes guerres qui se sont succédées au pays depuis 1996.

Aussi, pendant plusieurs années, cette zone a connu des violations massives des droits de l’homme consécutives à la présence des groupes armés nationaux et étrangers. Réputé pour son enclavement, Chiherano n’est accessible que par route en entrant par le groupement voisin de Karhongo /Nyangezi via les escarpements de Mukunamwa (en très mauvais état) et/ou par Mugogo à 27 Km sur la RN2 Bukavu-Mwenga. Toutes les routes sont en terre battue et les ponts y sont toujours en mauvais état surtout pendant la saison des pluies.

La contrée de Chiherano fait partie de la zone géographique dénommée Kivu montagneux avec des altitudes allant jusqu’à plus de 2500 m (cas des montagnes Nidunga et Bisunzu). La plupart des versants de ces montagnes ne sont pas protégés tandis que ceux qui l’étaient encore (grâce au reboisement de la mission anti – érosive : MAE installé à l’époque coloniale) sont totalement dénudés suite à l’action de l’homme et à la défaillance de l’Etat congolais. Les impacts du changement climatique se caractérisant par les perturbations de saisons culturales auxquels font face les 3 groupements seraient entre autres consécutifs à ce déboisement accéléré et abusif.

Parlant des catastrophes liées au climat, la journée du mercredi 16 octobre à Chiherano n’aura pas été des plus belles pour les différentes catégories socioprofessionnelles ainsi que les ménages en général. Une pluie torrentielle accompagnée d’un ouragan et de la grêle s’est abattue dans la soirée sur toute cette entité géographique causant beaucoup de dégâts matériels y compris la destruction systématique des champs des cultures, des infrastructures socioéconomiques incluant les écoles, les églises, les habitations, les ponts et les inondations des champs dans les bas-fonds…

 

Comme si cela ne suffisait pas, cette nouvelle catastrophe vient exacerber la crise et l’insécurité alimentaire dont sont victimes les populations de 3 groupements. Il en ressort que l’accès aux services sociaux de base redevient certainement hypothétique pour l’ensemble des ménages de cette zone. La catastrophe est survenue pendant que la période de semis venait de connaitre un retard d’un mois suite au retour tardif des pluies. Les ménages viennent donc de perdre les semences récemment mises en terre ainsi que les diverses cultures qui étaient dans les champs en attente de maturité. Rappelons ici que la zone avait connu une situation similaire en février 2007. A cette époque, le groupement de Luchiga était le plus affecté.

Basé à Chiherano depuis 30 ans, PADECO y intervient dans les secteurs de la santé à travers son centre hospitalier du même nom, la sécurité alimentaire par des distributions d’intrants agropastoraux en faveur des ménages et le renforcement des capacités techniques des petits exploitants agricoles…), l’éducation (construction et équipement des écoles), la protection de l’environnement et les urgences (réponses aux crises humanitaires aux travers l’assistance aux victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles depuis 1997)
Fort de ce qui précède, PADECO en appelle aux bonnes volontés et à tous ses partenaires dont leurs soutiens de toute nature contribueront tant soit peu à la réduction ou au ralentissement de l’imminente famine qui menace les populations de Luchiga, Lurhala et Irongo déjà en proie à la crise alimentaire depuis au moins deux décennies

 

       PAR:  DEOCARD CHIRHA MURHAMBO
COORDINATEUR DE PADECO